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Les coulisses
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Erik Orsenna, vous reprenez les aventures de Jeanne et
de Thomas dans l’archipel des Mots. Que découvrent-ils, cette
fois-ci ?
Dans La grammaire est une chanson douce, Jeanne et Thomas partaient à la rencontre des mots. Cette fois, ils découvrent la conjugaison, plus particulièrement le subjonctif, un mode révolutionnaire. Jeanne va apprendre que le subjonctif est l’univers du doute, de l’attente, du désir, de l’espérance, bref, de tous les possibles : « je souhaite que tu sois heureuse », « je veux qu’il revienne »… Pour Jeanne, cette découverte des mots du temps n’est pas qu’une leçon de conjugaison, c’est une belle et grave leçon de vie qui lui rappelle que les humains ont besoin du « secours de ce qui n’existe pas ».
Écrire une suite est un exercice périlleux… Avez-vous fait lire votre
manuscrit ?
Oui, je l’ai fait lire à de jeunes lecteurs et lectrices, que je remercie : aucun critique, jamais, n’aura leur sévérité tranquille : « Ton chapitre XV, tu peux le jeter, il est trop nul.» Et puis, comme pour La
grammaire est une chanson douce, j’ai demandé de l’aide à des spécialistes : Danielle
Leeman m’a permis de saisir toutes les subtilités du subjonctif et Carine
Marret m’a initié à la lecture des hiéroglyphes.
La grammaire est une chanson douce a séduit tous les publics. Comment
l’expliquez-vous ?
Un conte, s’il est réussi, s’adresse par essence à tous les publics. Un conte est hors du temps et hors de l’espace, même s’il nous parle d’aujourd’hui. Autant vous dire que je me ravis d’avoir reçu en même temps des lettres de parents me racontant le bonheur de leurs enfants de cinq ans à qui ils avaient lu mon histoire, et des mots de mes très vieux collègues académiciens, Claude Lévi-Strauss, le révérend père Carré (plus de quatre-vingt-dix ans), me disant leur plaisir.
Quel est votre plus grand bonheur quand vous écrivez ?
Le bonheur de l’écrivain, c’est le mot juste, l’adéquation miraculeuse entre la pensée encore vague et l’expression qui la fait venir au jour. Il s’agit d’une vraie naissance, avec la part de surprise, d’émerveillement et de découverte qu’implique toute naissance. Ce bonheur-là est intime et fort ; rien à voir avec la fierté, plutôt lointaine, de savoir que votre livre « marche ». C’est pourquoi beaucoup de romanciers rêvent de théâtre. Dans une salle, au moins, les réactions sont directes, concrètes, immédiates.
Vous êtes-vous fait plaisir ?
Ma maman m’a bien élevé : j’aime, j’adore même travailler. Il faut seulement apprendre à supporter ces mouvements perpétuels : un jour, vous avez réussi une bonne page, vous êtes le roi du monde. Le lendemain, rien de correct ne sort, vous êtes un moins que rien. C’est douloureux, angoissant, mais c’est la vie. Et il y a des vies plus difficiles !
Qu’attendez-vous de ces « contes grammaticaux » ?
Mon ambition est folle : que l’Éducation nationale accepte de remettre en cause son enseignement du français.
La rigueur n’implique pas le jargon. Et le respect n’empêche pas le plaisir. Il faut réapprendre la pratique de l’écriture et ne plus seulement passer son temps à disséquer, dessécher. La grammaire n’est pas une morgue. C’est le squelette qui autorise les mouvements de la vie.
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