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L'œuvre
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Chers lecteurs, je dois me confesser : oui, j’ai péché.
La maladie de curiosité, cette infâme vermine qui me ronge
depuis l’enfance m’a cette fois-ci mené loin, très loin.
Laissez-moi vous livrer quelques indices – ainsi n’aurais-je pas à avouer
tout de go ; ainsi pourrez-vous entendre ce péché sans trop
me juger. Si je vous dis, Caravelle. « Du portugais caravela, navire à voile à hauts
bords inventé par les Portugais au début du XVe siècle
pour les voyages d’exploration au long cours. » Bien. Et savez-vous
que ce dont je vais vous parler a été chanté par
Luis Mariano, Joe Dassin et Charles Trenet ? Et, Bartolomé ? Cela
vous aide-t-il davantage ? Sans doute pas, car ce que je vais vous raconter
là, vous croyez le savoir. Cette histoire-là, celle du rêve
fou d’un jeune Génois, elle vit dans votre esprit depuis toujours,
et je vous vois déjà me dire : « Erik, qu’avez-vous à nous
raconter que nous ne sachions déjà ? »
Je sens que vous brûlez. Patience. Lisez plutôt.
Le 13 août 1476, au large du Portugal, Christophe Colomb fait naufrage.
Le futur amiral vient d’avoir vingt-cinq ans. Par miracle, il réussit à regagner
la côte. Il trouve refuge à Lisbonne auprès de son
frère cadet, Bartolomé, lequel exerce la profession de cartographe.
Depuis le début de ce XVe siècle, le monde s’ouvre. Dans
la capitale du Portugal se retrouvent toutes les corporations de la Découverte.
Huit années durant, les deux frères vont travailler ensemble
et préparer le voyage auquel Christophe songe depuis l’adolescence
: c’est l’Entreprise des Indes, gagner Cipango (le Japon) et l’empire
du Grand Khan (la Chine). Mais au lieu de la route habituelle, celle de
la Soie, vers l’est, on affrontera l’océan, plein ouest.
Un maître cartographe, un rhinocéros, un fabricant de veuves,
une maîtresse d’école pour les oiseaux, une bécassine,
une prostituée réputée principalement pour la qualité de
ses oreilles, Marco Polo, quelques dominicains, des chiens dévoreurs
d’Indiens… tels sont quelques uns des personnages de ce récit.
J’ai voulu m’attacher à cette période peu connue de l’histoire
de la curiosité humaine. Ce moment où naît une nouvelle
liberté en même temps que se développe l’Inquisition
et que les Juifs sont chassés. Ces années où se conçoit
peu à peu l’unité de la planète, préalable à la
première mondialisation. Qui ne va plus tarder. Pour ce faire,
j’ai osé donner la parole au jeune frère, Bartolomé.
C’est lui qui parle, c’est lui qui raconte.
Voyez tout ce que nous n’avons pas dit ; les personnages fabuleux,
les préparatifs, le cadet qui, dans l’ombre, croit aussi fort que
son aîné à une Découverte qui s’apprête à changer
le monde.
M’accorderez-vous, chers lecteurs, l’absolution de ce péché de
curiosité ?
Erik Orsenna
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1er extrait -
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2ème
extrait -
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3ème
extrait -
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