 Les coulisses
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Questions à Montse Bernal, illustratrice de La
révolte
des accents
Parlez-nous de vous, de votre parcours, de ce qui vous a donné envie
d'exercer ce métier ?
Un jour, quelqu'un qui me connaît bien a écrit en pensant à moi
: « Je dessine parce que je dessine parce que je dessine. Je dessine
parce que c'est ce je fais de mieux, parce que c'est ce qui m'est le plus
aisé, parce que je dessine depuis toujours. Je dessine lentement.
Je dessine en couleur. Je dessine en noir et blanc. Je dessine pour manger,
pour m'amuser, parce que je n'imagine pas ma vie sans le dessin. Je dessine
avec la pluie, avec le soleil, avec le chauffage, avec l'air conditionné.
Je dessine et je bois du thé. Je dessine en silence. Je dessine
et mes chats me regardent. Je dessine et je parle au téléphone.
Je dessine et je le laisse sonner. Je dessine et je sourie. Je dessine
et je pleure. Je dessine et je ne suis pas seule. Je dessine parce que
j'aime la compagnie de ce visage. Je dessine et je fais des portraits.
Je dessine des nuits entières. Et je dessine le jour suivant. Je
dessine. Je dessine. Je dessine parce que je respire. Je respire parce
que je dessine. »
Quels sont les artistes, les styles, les courants artistiques, les
œuvres qui vous ont inspirés dans votre jeunesse et qui vous
inspirent encore aujourd’hui ?
Les dessins de Ingres ont toujours été ma grande référence,
sa technique épurée et l'usage du crayon me semblent sans
comparaison.
Me fascinent et m'inspirent la Nouvelle Objectivité, l'esprit créatif
de la Bauhaus, le cinéma expressionniste allemand, le graphisme
des affiches de propagande russe, le nerf du pinceau de Lucien
Freud,
les horizons de Friedrich, les « silences » en couleur de
Hopper, la photographie de August Sander, de Ilse
Bing ou de Lee Miller,
les regards des citadins de Doisneau, les nouvelles de Nancy
Mitford et
de Dorothy Parker, l'illustration botanique du dix-huitième siècle,
les papiers peints de William Morris, les portraits de Napoléon
Bonaparte, de Elizabeth Ier et de Jeanne
d'Arc, les robes des héroïnes
de Jane Austen, le paysage depuis le phare norvégien de Krakenes et mes chats.
Qui sont vos dessinateurs contemporains préférés
?
J'admire l'œuvre de Elizabeth Peyton. Du monde de l'illustration, je
distinguerais le travail de Charles Anastase, c'est une merveille la délicatesse
avec laquelle il manie le graphite…
Qu'avez-vous pensé du manuscrit d’Erik Orsenna la première
fois que vous l'avez lu ?
Le récit m'a tout de suite enthousiasmée. Les images sont
venues toutes seules et c'était romantique.
Et
comment avez-vous ensuite choisi les passages à illustrer ?
C'est une histoire d'émotion
Quelle est votre méthode de travail ? Quelles techniques utilisez-vous
?
Traditionnelles (comme le graphite, les crayons de couleurs et l'huile)
et numériques (essentiellement Photoshop, je ne suis pas très
fan de la technologie… quand c'est nécessaire et quand ça
simplifie réellement les tâches).
Le livre terminé vous plaît-il ?
Beaucoup. C'est un beau conte, instructif, avec le style « débridé » d'Orsenna.
Quant aux illustrations, je crois que l'on n'est jamais tout à fait
content de son travail. Après coup, une fois le livre imprimé,
on voudrait apporter des améliorations, modifier des détails.
Mais les images ne nous appartiennent plus, elles volent de leurs propres
ailes, comme les accents d'Erik !
Comment définiriez-vous le rôle d'un illustrateur ?
Il y a beaucoup de sortes d'illustrateurs. Erik a fait son choix au vu
de mes travaux antérieurs. Je n'ai pas eu à poser de question
parce que le livre me parlait. Grâce à l'auteur et aux éditeurs
qui m'ont laissé carte blanche, j'ai donné ma propre interprétation
du texte, une vision poétique et féminine.
Avez-vous des envies, des rêves, des projets artistiques ?
J'aimerais développer plus de projets personnels : terminer un
livre de portraits en cours, travailler de nouveau avec Erik…
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