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L'œuvre
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Après La grammaire est une chanson douce et Les Chevaliers
du Subjonctif, j’ai eu envie de continuer ma promenade dans la grammaire,
en baguenaudant cette fois-ci du côté de son goût…
Qu’est-ce que le « goût » de la grammaire ? Qu’est-ce
qui fait qu’une langue chante, qu’un mot se transforme, qu’une lettre
se module ?
Ce sont les accents.
Papillons graciles, ils se posent au gré des phrases pour en modifier
le sens. Mais les accents différencient aussi les mots des manières
de parler : l’accent circonflexe n’a rien à voir avec l’accent breton !
Les accents sont les défenseurs de la diversité. S’il n’y
a plus d’accents, la fadeur gagne.
Naturellement, ils s’entendent à merveille avec les épices
: sans elles, plus de goût ; mais si leur dosage n’est pas précis,
alors tout devient semblable, uniforme.
Les épices et les accents sont de même nature : ils fabriquent
du sel de la vie.
J’ai voulu ce livre comme une déclaration de guerre à la
fadeur.
Comme un hymne à la diversité et à la gourmandise.
La grammaire, comme l’amour ou la cuisine, a besoin d’accents.
Qui rêverait d’un amour fade, sans épices, non accentué ?
Extrait…
«
Depuis quelque temps, les accents grognaient. Ils se sentaient
mal aimés, dédaignés, méprisés. À l’école,
les enfants ne les utilisaient presque plus. Les professeurs ne
comptaient plus de fautes quand, dans les copies, ils étaient
oubliés. Chaque fois que j’en croisais un dans la rue, un
aigu, un grave, un circonflexe, il me menaçait.
– Notre patience a des limites, grondait-il. Un jour, nous ferons
la grève. Attention, notre nature n’est pas si douce qu’il
y paraît. Nous pouvons causer de grands désordres.
Je ne les prenais pas au sérieux. Je me moquais :
– Une grève, allons donc ! Et qui ça dérangerait,
une grève des accents ?
Je sentais bien monter leur colère. Je ne croyais pas qu’ils
préparaient quelque chose.
J’en suis certain, quand j’y pense, c’est l’affaire des ordinateurs
qui a tout déclenché. Le fournisseur s’est trompé.
Il a livré au collège des ordinateurs de langue anglaise
: aucun accent sur le clavier.
Nos amis se sont rués chez moi. J’ai eu le tort, le très
grand tort de me moquer d’eux. J’ai eu le tort, le très
grand tort de leur dire qu’il valait mieux des ordinateurs sans
accents que pas d’ordinateur.
Ils m’ont fait la leçon et puis ils m’ont insultés.
– Chaque langue a sa logique. Libre à l’anglaise et à l’américaine
de vivre sans accents. Mais vous nous avez trahis. Dorénavant,
c’est la guerre. »
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